Désintérêt des apprenants pour la lecture : A qui jeter les pierres ?

Désintérêt des apprenants pour la lecture : A qui jeter les pierres ?

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Pourquoi ai-je décidé d’écrire ce petit billet ?

Et bien c’est juste à cause d’une seule phrase, une seule. Laquelle ? « Les enfants d’aujourd’hui ne lisent plus ». Vous vous souvenez de cette fameuse phrase, n’est-ce pas ? En tout cas moi, je m’en souviens très bien. Apprenant, malgré ma petite culture littéraire, on m’a souvent rebattu les oreilles avec cette phrase. Aujourd’hui, on continue de se cacher derrière cette « pauvre » phrase pour ne pas assumer nos responsabilités. Au début de ma carrière, j’ai aussi à tort vite fait d’accuser les apprenants comme l’unique responsable du problème. Mais au fil des jours, des mois et des années, j’ai compris que nous sommes tous coupables. A qui jeter la première pierre ?

A tout seigneur tout honneur : les parents.

Oui, la plupart des parents ont démissionné mais se plaisent à vite accuser l’école et les enseignants. Plus sérieusement, combien de parents achètent de bouquins à leurs enfants ou les initient à la lecture et leur donnent le goût ? On me rétorquera certainement qu’il n’y a suffisamment pas de lettrés sur le continent. Mauvaise réponse. Le nombre d’instruits est en nette recrudescence en Afrique. Et même si on admet qu’il y a peu d’instruits, combien d’entre eux achètent de bouquins à leur enfants ? De plus, du haut de mes quelques années d’expériences en tant qu’enseignant, je puis vous dire qu’ils sont nombreux ces parents illettrés pauvres ou aux revenus moyens qui se sacrifient pour leur progéniture. Cela me rappelle l’anecdote de Dieudonné, élève en classe de Première, fils de paysan que son père amène régulièrement à la bibliothèque et venait s’enquérir de la prestation scolaire de son enfant. Cet enfant est le premier de sa classe. Le cas de Dieudonné n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

Au second palier, nous avons l’Etat.

Il est du ressort de celui-ci de définir la politique éducative et de garantir l’instruction pour ses citoyens. Cela implique alors qu’il doit mettre à la disposition des écoles, les moyens dont elles ont besoin pour accomplir la mission qui est la leur. Malheureusement, le constat révèle que la grande majorité des écoles publiques ne disposent pas de bibliothèque. Les quelques-unes qui existent sont des cases à chiures, où on y trouve souvent agglutinées une bonne quantité de vétustés livresques dont l’Occident dans sa « grande générosité » nous fait don de temps à autre. Ce qui est encore plus déplorable, c’est qu’en plein XXIè siècle, il existe un grand nombre de villes africaines qui n’ont pas encore de bibliothèques. De plus, certains ouvrages inscrits au programme scolaire ne tiennent pas compte du goût des apprenants. C’est ce qui explique le peu d’intérêt de beaucoup d’apprenants pour ces ouvrages. Lorsque la politique prime sur l’éducation, les dégâts sont parfois difficiles à réparer.

En 2007, le gouvernement béninois à des fins politiques et sociales a engagé des enseignants ayant initialement reçu une formation en sciences juridiques, sociologie, géographie, pour enseigner le français, – ce qu’on a appelé le reversement – ; or ces disciplines n’ont aucun lien avec l’enseignement du français. A cela s’ajoute l’application inintelligente de l’Approche Par Compétences (APC) qui a contribué à la baisse du niveau des apprenants. Il faut par ailleurs déplorer la faible existence des compétitions d’émulations et d’évènements littéraires au Bénin. Il suffit juste de voir le budget imparti au secteur du livre pour se convaincre du fait que le livre est le parent pauvre du processus de développement.

Maintenant, venons-en aux enseignants.

C’est une réalité indéniable que beaucoup d’enseignants ne lisent plus. Le pire dans tout ceci, c’est qu’il y a des professeurs de français qui, en plus du fait qu’ils ne lisent pas, ne veulent point débourser le moindre kopeck pour acheter des bouquins. Certains enseignants achètent « difficilement » quelques ouvrages inscrits au programme.

Les apprenants quant à eux, sont le moins à blâmer à mon avis.

Il est vrai qu’on aura beau tout fait, certains ne prendront le pli en ce qui concerne la lecture. Toutefois, si chacun jouait sa partition, nous limiterons les dégâts.

Baudelaire AVENON

Professeur de français des collèges. Baudelaire Géoffroy AVENON est jeune leader passionné des lettres et de la culture générale, il nourrit la vision de transformer nos sociétés, notre continent, l'Afrique, par le développement de nos communauté à la base dans les domaines de l'éducation, le civisme, l'agriculture, l'entrepreneuriat, l'environnement.

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  1. […] ou non de la lecture, je vous invite à vous laisser drainer pas cette rivière de mots pour y vivre à votre manière […]

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